Kaléïdoplumes 1: 2008/2009


 
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 L'histoire entière et dans l'ordre n°2

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pati

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MessageSujet: L'histoire entière et dans l'ordre n°2   Jeu 1 Jan 2009 - 21:06

Chapitre 1


Comment tout a-t-il commencé ?
Avec le recul maintenant que cette affaire est terminée, je dirai le jour où nous nous étions réunis entre amis et collaborateurs proches pour fêter les 150 ans de la papeterie familiale.
Il faisait beau et nous en avions profité Paul et moi pour installer des tables dans le jardin.
Oui, le temps était clément mais pourtant une ambiance étrange pesait sur l'assistance.
Nous avions invité Manon ma meilleure amie depuis toujours et François son père qui était un oncle pour moi.
Il y avait également Pierre l'ami de Paul et l'un de ses collaborateurs. Il n'a jamais été très "causant" mais ce jour là il traînait comme une âme en peine, il faut dire que sa femme l'avait quitté peu de temps avant et mon Paul, toujours compatissant avait pensé que cette journée l'aiderait à arrêter de broyer du noir.
Il y avait aussi le directeur financier de l'entreprise, Jacques, un brave homme replet et sa toute nouvelle femme Christine. Le pauvre où avait-il été chercher ce numéro, elle n'arrêtait pas de jacasser et d'essayer de pousser Jacques en avant, lui qui n'aime rien tant que de rester dans son bureau avec ses chers chiffres. En plus, pour une journée entre amis elle croulait sous les bijoux, Jacques avait du sentir passer la facture !
François m'avait demandé la permission d'inviter également quelques membres de son propre staff, j'avais volontiers accepté, d'autant que Brice le directeur commercial et Richard le directeur technique étaient des gens charmants et plein d'humour.
Pourtant, malgré les rires et les discussions animées planait toujours une étrange atmosphère. Manon y était également sensible.
Depuis un petit moment je ne voyais plus Paul, où était-il passé ?
Brusquement, je le vis déboucher de la maison, l'air inquiet, une enveloppe à la main.
Je le regardais avec une telle insistance qu'il finit par relever la tête, il me sourit, glissa l'enveloppe dans sa poche et vint me rejoindre.
— Cette journée me semble très réussie non ? Qu'en penses-tu ? me demanda-t-il.
— Oui, en effet, mais que mijotez-vous tous autant que vous êtes, je sens quelque chose de pas net.
Il rit, me caressa la joue et s'exclama :
— Ah, l'intuition féminine.
Après un autre sourire à mon adresse, il partit rejoindre nos invités.
Je restais perplexe concernant le courrier qu'avait reçu Paul, nous étions dimanche, pas de passage du facteur donc, et il était étonnant qu'il ne m'en ait pas parlé du tout.
Après cette journée tout sembla rentrer dans l'ordre.
Jusqu'au jour où passant devant la papeterie je décidais d'en profiter pour discuter un peu avec Paul que j'avais trouvé un peu tendu le matin même.


chapitre 2 Trahison



Je rentrais enfin de la papeterie, il était assez tard. Discussion après discussion Paul ne m’avait pas lâchée et m’avait retenu jusqu'à tard le soir. Certes la discussion avait été assez longue pour moi puisqu’elle ne concernait que ses affaires : « nous devons nous retourner vers de nouveaux horizons » répétait-il sans cesse, puis nous en vînmes peu à peu à parler de Manon et son père François, des fautes qu’ils avaient pu commettre avant d’en arriver au diner. Une discussion presque monotone et sans fin.
Après un bref détour par l’épicerie, j’arrivai chez moi. Un mauvais pressentiment m’envahit au moment de tourner la clef dans la serrure, ce n’était pas la première fois, il faut dire que j’avais souvent peur de me retrouver seule chez moi. J’entrai alors et allumai la lumière avec stupeur : devant moi Pierre bondit de surprise en se retournant.
- Pierre, tu m’as fais peur, je ne t’attendais pas de si tôt, dis-je enfin le cœur battant.
- Non je ne reste pas, je faisais un bref aller-retour, me répondit-il avec un sourire malicieux.
Il sortit alors en déposant une tape dans mon dos, sous mon regard circonspect, bien que rassuré. Après l’avoir laissé dehors je balayai enfin la pièce, la maison, du regard : Beaucoup de choses avaient été déplacées, pourtant rien ne semblait manquer, qu’est-ce que Pierre pouvait bien chercher dans la maison ? Je le savais bizarre, un peu fouineur, presque trop à l’aise avec les gens, mais il était le meilleur ami de Paul, et ce dernier l’avait laissé déposer ses valises chez nous, et que pouvais-je bien faire pour cela, ou plutôt, contre cela ? Ce qui m’inquiétait le plus était que Paul le voie à la maison seul avec moi, cela n’aurait fait qu’amplifier sa jalousie naissante, à tort évidemment.
Repoussant cette idée au fond de mon esprit, je regardai par la fenêtre Pierre s’évanouir à l’horizon en direction du centre ville, il partait sûrement rejoindre Paul à la papeterie, je savais alors que Paul ne rentrerait pas de si tôt. Pierre lui rendait en fait souvent visite au travail, je crois qu’il avait du mal à accepter son licenciement. Pourtant Paul le laissait faire, il culpabilisait certainement de l’avoir mis dehors, d’avoir laissé son meilleur ami dans la difficulté. Ces deux là étaient inséparables, quand l’un était dans la difficulté, l’autre lui donnait toujours de quoi s’accrocher, jamais Paul ne voudrait du mal à Pierre, et inversement.

Je me mis alors au rangement de la maison et au diner en attendant que Paul soit de retour, je savais que j’allais attendre longtemps.


Chapitre 3 Quitte ou double !



Je trouvais que Paul travaillait de plus en plus, trop, depuis quelques semaines, j'en vins même à me demander s'il ne me trompait pas. Je le voyais souvent discuter avec Manon et je commençais à me poser des questions. Jusqu'à ce que je tombe sur un article dans un journal financier annonçant le rapprochement de deux acteurs de la papeterie.
" Le N° 1 de la papeterie de luxe sera familial.
Au nez et la barbe des nouveaux venus polonais, largement détrônés par ce qui ne ressemblait qu'a de petites industries régionales. Ce qu'ils n'ont pas voulu absorber pourrait très bien leur ravir la place de N°1 du secteur au niveau national. Ils doivent en manger leurs chapeaux depuis qu'ils ont découvert qu'ils ont acheté un ex N°1 criblé de dettes et au bord du dépôt de bilan. D'après nos sources, les deux fondateurs se sont toujours montrés hostiles à l'arrivée des Polonais sur le marché. Si la fusion des deux entreprises arrive à son terme, ils pourraient très bien les empêcher de s'implanter ..."

Je connais Manon depuis le collège et nous ne nous sommes presque jamais éloignées. Par une curieuse coïncidence nos familles sont toutes les deux dans la papeterie. Il faut avouer que c'est un peu grâce à elle que j'ai rencontré Paul. A force de fréquenter les mêmes salons, les mêmes boutiques de luxe, il devenait évident que les deux entreprises devaient se rapprocher pour lutter contre la concurrence d'Europe de l'Est. La fusion des deux société touchait à sa fin, il ne restait qu'à la fignoler avant de signer. Paul s'y est investi sans compter. Le marché frisait l'euphorie et les journaux ne parlaient que de cette affaire, le plus gros coup de l'année. Ils se rattrapaient à ce qu'ils pouvaient, l'année passée étant particulièrement morose pour les banques spécialisées comme Morley Bank.

François devenait pourtant taciturne. Il s'inquiétait de plus en plus de l'acharnement de ces Polonais et quelques incohérences sur les livres de comptes, en plus des absences répétées du directeur financier, n'arrangeaient rien. Pourvu qu'il n'ai pas dans l'idée de changer de camp. Il devait absolument en parler avec Paul avant que les inspecteurs de la commission bancaire ne bloquent la fusion. La discussion promettait d'être houleuse. Alors qu'il comptait sur son seul enfant, Manon, pour prendre la suite de l'entreprise, la tâche se compliquait singulièrement. Il ne manquait plus qu'un accident arrive et tout pouvait disparaître.

Je n'ose l'imaginer, les deux sociétés familiales devenant le plus gros acteur national dans la papeterie de luxe.


chapitre 4



Pierre, c’est un drôle de type. Je ne l’ai jamais aimé : trop collant, trop intéressé, trop chez nous, toujours entre nous, entre Paul et moi. Que de fois j’ai supplié mon mari de le flanquer dehors mais Paul ne savait pas dire non. Il se sentait responsable de lui, il en avait sans doute un peu pitié depuis qu’il avait quitté sa femme, perdu son emploi et son toit.
« C’est mon ami d’enfance » disait Paul, je n’ai pas le droit de le laisser tomber plus bas. Alors quand il est venu sonner à notre porte, Paul lui a promis de l’aider …
Mais les quelques jours d’hébergement demandés sont devenus des semaines et puis des mois sans la moindre perspective de boulot à l’horizon. J’ai craqué, j’ai sommé Paul de choisir entre Pierre et moi. C’était lui ou moi qui partait. Il y allait de la survie de notre couple bien malmené par cette présence étrangère qui empiétait chaque jour de plus en plus dans notre espace et notre intimité. C’était à se demander qui se sentait le mieux chez nous !

Pierre a fait ses valises, sans au revoir ni merci.
Paul et moi enfin à nouveau réunis à deux et heureux … ce fut de courte durée.
Je suis donc restée pour me retrouver vite, seule et brisée.
C’était il y a un mois.

Et puis les événements se sont enchaînées diaboliquement, sans que je comprenne le pourquoi du comment pour aboutir à cette conclusion insensée de l’arrestation de François, le père de mon amie préférée, Manon. Le voilà accusé du meurtre de Paul. Cette histoire n’a pour moi ni queue ni tête.

C’est alors que j’ai pensé à une lettre que celui-ci m’avait écrite et à laquelle je n’avais prêté qu’une maigre attention tant elle me semblait farfelue et que j’avais rangée dans un tiroir de mon bureau. Elle avait disparue.


Chap 5 Un futur au singulier


Je ne surmontais ni ma tristesse ni ma déconvenue. Nous avions passé, Marion et moi, des jours à chercher, dans tous les recoins de la maison, la preuve dont il avait parlé juste avant de mourir. Nous avions surtout cherché dans le désordre du grenier, là où tout peut se perdre. Rien. Il faut dire que l’obscurité, la poussière ne nous avaient pas aidées.
Nous désespérions de trouver le vrai coupable.

La pluie me rend toujours morose. Ce matin-là, ce fut pire que jamais. J’avais tenté de joindre Marion dans la matinée. Elle n’était pas chez elle.
J’étais résignée à arrêter les recherches. Je tournais en rond. Toutes les tâches, pourtant nécessaires, me semblaient si futiles.
Désormais, plus rien ne pourrait combler ce vide, cette absence que je portais. Un vilain creux dans ma poitrine faisait naître des larmes sèches, pourtant impérieuses. Je ne pouvais plus pleurer. Je n’étais qu’un vertige. Que pensées vertigineuses.
J’étais seule. Une solitude qui me semblait définitive. Il fallait que je me fasse à l’idée de vivre seule, de dormir seule… Personne ne s’appuierait plus à mon bras. Personne n’écouterait avec moi la magie du vent. Personne ne frissonnerait près de moi sous le bleu d’une cascade.
Les soirs d’automne, personne ne s’étonnerait plus de l’odeur du froid, nul ne s’émerveillerait avec moi de l’or des mélèzes, de la diversité des cris d’oiseaux migrateurs. Sous le vieux tilleul du jardin, il suffira désormais d’une seule chaise longue pour les soirées encore tièdes…
Il y avait bien sûr Marion, ma fidèle amie. Mais elle avait ses occupations, ses préoccupations et depuis peu un nouveau compagnon. Pierre et elle avaient décidé de vivre ensemble. J’avoue que leur décision m’avait surprise et contrariée. Marion liée à un homme que j’estimais peu, ça ne faciliterait pas nos rencontres et nos confidences.

J’étais donc seule avec ce besoin de savoir, de connaître le pourquoi de la mort de Paul. Je vivrais avec le sentiment d’une double injustice : la mort de mon compagnon et l’incarcération du père de mon amie Marion, déclaré coupable alors que les preuves étaient nettement insuffisantes. Mais tout était contre lui, surtout le manque d’alibi valable. Comment un homme seul pouvait-il prouver qu’il était bien chez lui, dans son lit, au moment du drame ?

J’eus une soudaine envie de café.


Chapitre 6



La pluie avait enfin fini de tremper le paysage. Un soleil timide perçait au travers des nuages encore bas. J'étais sortie faire un tour dans le jardin, mon café à la main. La légère brume humide donnait à la maison des airs de vieux manoir mystérieux.
Levant les yeux, je remarquai qu'une lumière brillait au grenier. Pestant contre l'idiot qui avait oublié d'éteindre, je remontai l'allée prestement et montai l'escalier raide qui menait sous le toit. Avant d'éteindre, je laissai mon regard se perdre sur les objets entassés là au fil des générations.
Un détail me sauta soudain au visage. Le coffre était ouvert ! j'étais pourtant sûre de ne pas l'avoir ouvert ces derniers jours.
Je m'approchai lentement, avec comme une boule d'appréhension au fond du ventre. Le coffre avait été fouillé, tout était sens dessus dessous. Je me penchai et commençai à tout ranger. C'est en ramassant un vieux châle en dentelle que j'aperçus une enveloppe, coincée derrière le coffre, à peine visible.
A l'intérieur, une lettre. Je parcourus à la hâte l'écriture ample et penchée. Mon dieu ! J'avais sous les yeux la preuve que nous avions cherché sans résultat pendant des jours ! Tout s'éclairait enfin ! Manon avait raison, depuis le début ! Je dévalai l'escalier à toute allure, et pris le téléphone. J'avais hâte d'apprendre à Manon que j'avais entre les mains la lettre qui allait innocenter son père.
— Allo, Manon ? Manon, c'est incroyable ! J'ai trouvé la lettre !
— Lisa, c'est toi ? mais quelle lettre ? Attend... la... LA lettre ?
— Oui ! Appelle Pierre, qu'il écoute aussi !
— Il est parti voir un copain. Mais lis-la moi sans attendre, je t'en prie !

C'est le sourire aux lèvres que je pris la balle dans la poitrine. Stupéfaite, je vis le sang suinter entre mes doigts et, relevant les yeux, je vis Pierre. Il me regarda agoniser d'un œil glacé.
Au bout du fil, Manon m'appelait, encore et encore...


FIN

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pati

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MessageSujet: Re: L'histoire entière et dans l'ordre n°2   Sam 10 Jan 2009 - 1:07

voici l'histoire entière des cygnes noirs Smile

beau boulot, les cygnes Smile

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madeleinedeproust

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MessageSujet: Re: L'histoire entière et dans l'ordre n°2   Sam 10 Jan 2009 - 13:46

Ça se lit bien, ça s'enchaîne facilement, un vrai plaisir.
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Nerwen

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MessageSujet: Re: L'histoire entière et dans l'ordre n°2   Lun 12 Jan 2009 - 18:51

Belle unité de ton à travers les différents chapîtres.... et le méchant de l'histoire est antipathique à souhait ! bravo
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Amanda

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MessageSujet: Re: L'histoire entière et dans l'ordre n°2   Lun 12 Jan 2009 - 19:26

Bravo, les Cygnes ! Drame de famille, argent, jalousie, amour, crime...Tout y est !
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MessageSujet: Re: L'histoire entière et dans l'ordre n°2   

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