Kaléïdoplumes 1: 2008/2009


 
PortailAccueilFAQMembresRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 La valise à Scherzos. 4, Patrick Wolf et sa guitare

Aller en bas 
AuteurMessage
Joe Krapov

avatar


MessageSujet: La valise à Scherzos. 4, Patrick Wolf et sa guitare   Jeu 6 Aoû 2009 - 13:14

Patrick Wolf est arrivé le premier à Mimizan et pourtant c’est lui qui a accompli le trajet le plus long. L’ex-enseignant vient de Lille. Il y retournera à l’issue du Séminaire Scherzos de Mimizan-Plisimpecccable mais il ne remettra pas les pieds au lycée Pasteur où, à l’instar du Bégodeau d’ « Entre les murs » il enseignait le français à des Ch’tis pour qui cette mission n’était pas toujours la bienvenue. Il a pété sa démission après un long repos maladie, en fait une déprime liée à son boulot et à son divorce.

Mais laissons là ces soucis, se dit-il. Cette maison d’édition qui s’intéresse à son atelier d’écriture, celui qu’il anime à l’ « Absurde », un café de Wazemmes, un quartier populaire de Lille, c’est quand même le point positif de l’été, non ? Car 30 000 euros qui tombent du ciel sans qu’on ait à faire sauter la moindre bombonne de gaz ni à prendre en otage, comme Isabelle Adjani dans « La journée de la jupe », un groupuscule de fans à boutons de Tokio hotel, c’est inespéré, non ? Ca lui permettra de voir venir pour sa reconversion d’intellectuel quinquagénaire ayant assez soupé comme ça de l’ « Educnat » !



La résidence Kaléïdété a de la gueule ! A priori, c’est charmant et le personnel est très accueillant. A la gare de Labouheyre il a fait la connaissance de Dominique Leportier, le factotum, très élégant, qui l’attendait avec une pancarte « Kaléïdété ».
- Bienvenue, monsieur Wolf ! avait-t-il lancé d’une bonne voix chantante d’enfant du pays. Je m’appelle Dominique Leportier mais vous pouvez m’appeler Dom et mon surnom c’est « le Major ». Parce que le major Dom ! Je serai à votre disposition entière pendant ces quinze jours. Donnez-moi votre valise et votre guitare que je les pose à l’arrière de l’Espace. Nous n’attendons pas les autres, ils arrivent plus tard. Je reviendrai en fin d’après-midi faire une deuxième fournée.

Ce mot de fournée avait fait sourire Patrick. On eût dit un boulanger parlant de pains… des Landes ! Justement, ils avaient roulé ensuite sur la route départementale 626 ombragée par les grands résineux que Patrick le Ch’ti admirait pour la première fois.
- Je ne suis jamais venu dans votre région, Dom. Ce séminaire Scherzos, il attire beaucoup de monde ? C’est très couru ? Cela a lieu tous les ans ?
- Non, c’est tout nouveau. Ce que je sais c’est que vous serez quatre : madame Dieu, mademoiselle Troll, monsieur Krapov et vous. Pour le reste, c’est Mlle Laprode qui vous donnera les consignes.

Autre sourire de Wolf. Ca allait vraiment le changer ! Dans son atelier d’écriture, c’était lui le chef, l’animateur qui distribuait les consignes d’écriture. Et elles étaient toujours jugées trop cruelles par ses écrivantes. Il aurait pu dire « écrivants » mais les messieurs étaient en minorité. L’animateur lillois avait maintenant une certain coffre et il encaissait sans broncher les critiques émises dans le cadre de ce rendez-vous hebdomadaire sado-maso. Depuis dix ans qu’il avait mis les pieds dans cet atelier-là, d’abord en simple consommateur puis en type à qui on peut confier les clés du pouvoir, il avait vu passer du monde, des talentueuses, des déglingués, des timides, des ambitieuses, des rendeuses de copie blanche. Mais finalement, est-ce que ça n’était pas comme les classes de seconde et de première auxquelles il donnait des cours pour l’épreuve du baccalauréat ?

Fallait-il penser quelque chose au reste de ce besoin des unes et des autres d’aller se refrotter à l’écriture, à la littérature, après avoir mené ou tout en menant des vies d’institutrice, de commerçante, de chômeur, d’étudiant(e) ? Cela donnait lieu à un beau brassage de gens de toutes classes sociales, de tous âges et produisait de belles pages, de beaux moments de vie collective dont on ne pouvait hélas rien faire. Après tout, il était comme le médecin-accoucheur avec qui il jouait aux échecs autrefois. Une fois que l’enfant était né, il appartenait à la mère et au père et non au grand Manitou à forceps.

Dans l’atelier d’écriture, on n’avait que très rarement besoin de recourir à la péridurale ou à l’épisiotomie. On n’était pas obligé de pondre. Et il y avait toujours un moyen efficace pour arrêter celles et ceux qui n’arrêtaient pas de perdre les eaux et se noyaient parfois dans celles de leur roman-fleuve : le gong de 20 heures ! On écrivait de 18 h 30 à 20 h et quand il disait « stop ! » on posait les stylos et chacun ou chacune présentait à la compagnie son divin enfant du jour.

Ici, à Mimizan-Céphalogrammeplat, pas de bébé dans la piscine ! Elle était d’un bleu impeccable et la Chimay, bleue elle aussi, d’une fraîcheur paradisiaque. Il lui semblait, il était sûr même que l’immense résidence, ses vertes pelouses, sa cuisine nickel, ses chambres claires étaient comme neuves et que tout cela n’avait servi à personne en juillet. Conchita Ibarruri, la cuisinière, l’avait emmené dans sa grande cuisine, avait ouvert pour lui un réfrigérateur gargantuesquement rempli et même, imprévoyante ou prodigue à l’extrême, elle lui avait fait visiter la cave. Nom de nom, qu’on hébergeait là de jolis breuvages et en quelles quantités ! Il avait juste effectué un petit hold-up, avec l’assentiment de la matrone espagnole, en faisant main basse sur 33 centilitres de bière brune belge dont il savait qu’elle était « fédératrice sur le web ».

Puis il était retourné à sa chambre, avait vidé sa valise, rangé ses vêtements dans les penderies appropriées, branché son ordinateur portable sur le bureau devant la fenêtre, posé sa guitare dans un coin. Il était revenu se caler confortablement dans le fauteuil blanc au bord de la piscine avec sa bibine et son cahier d’écolier. Il souriait de ce que, la veille au soir, il était encore connecté à un forum sur le net, en train de composer des haïku en direct à partir des images proposées par une « blogamie » nancéenne et des papotages entre une mère de famille de La Rochelle, une gentlewoman-farmer coupeuse de maïs du Minnesota et un retraité du Mans. Le cahier portait encore les traces toutes chaudes de cette création poétique.

Caramel, dur, mou
Carambar… sont mes amis
Sourit le dentiste

Chaleur sur la Sarthe :
Sus au Coteaux-du-Layon
Sans modération !

GERSH-K-WIN
Cochon gisant,
Chute d’agressivité :
Porc gît ; haine baisse

La mer vient toujours
Les visiter sans payer,
Les châteaux de sable

Le fils de l’instit’
Ecrit « C.P. » sur la plage :
Il fait des pâtés !

Place Stanislas ;
Sous le soleil Nancy grille ;
MAP nous tend des glaces.

Le bâton seul reste :
Dans quel œsophage-igloo
A fui l’esquimau ?

Dans le train qui l’a mené à Mimizan-Encoreunpeu, il en a composé trois autres :

Qu’est-ce qui me gratte
Et me fait écrire court ?
L’haïkaoûtat !

La haut dans le ciel
La mouette voit bien
Que je lis Tchekhov.

Scène de castagne
A Mimizan dans les Landes :
- Tu vas t’prendre un pin !

Maintenant le ciel était d’un grand bleu et le soleil chauffait le haut de ses pieds nus. Tout ce qu’il demandait c’est que ses trois partenaires soient des gens agréables. Ce serait alors le paradis, ici ! Un seul truc le chiffonnait. Il n’y avait ni clé ni verrou à son logement, il faudrait qu’il en parle au major Dom. Par contre le portail électrique à l’entrée du parc-résidence lui semblait tout aussi infranchissable de l’intérieur comme de l’extérieur que l’interminable clôture qui encerclait tout le domaine.

La prison dorée
Dans les pins… est préférable
Au bois du cercueil ?
Revenir en haut Aller en bas
Amanda

avatar


MessageSujet: Re: La valise à Scherzos. 4, Patrick Wolf et sa guitare   Jeu 6 Aoû 2009 - 13:38

Hi ! Hi ! Hi !
Le Major Dom, la Chimay ( chez moi c'est de l'Orval !! )
J'adôôôre tout en vrac sauf le bois du cercueil ! pacompri
Revenir en haut Aller en bas
joye

avatar


MessageSujet: Re: La valise à Scherzos. 4, Patrick Wolf et sa guitare   Jeu 6 Aoû 2009 - 15:21

Là-haut les oiseaux
Voyant que tu lis Tcheckov
Restent mouettes.


Tu hausses haut la barre, Joe !

gagné
Revenir en haut Aller en bas
Feuille
Modérateur
avatar


MessageSujet: Re: La valise à Scherzos. 4, Patrick Wolf et sa guitare   Dim 9 Aoû 2009 - 14:47

Je sens que je n'aurais d'yeux que pour cette histoire ...
N'y aurait-il pas quelques lignes minuscules en bas ou au dos du contrat que nos invités n'auraient pas lu ou vu ? 15 jours en huis clos ça me rappelle une histoire de petits nègres.

_________________
N'hésitez pas à partager Kaléïdoplumes avec vos contacts

Facebook https://www.facebook.com/Kaleidoplumes
Google+ https://plus.google.com/b/107321334688611812953/107321334688611812953
et Mastodon https://mamot.fr/@Feuilledethe
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: La valise à Scherzos. 4, Patrick Wolf et sa guitare   

Revenir en haut Aller en bas
 
La valise à Scherzos. 4, Patrick Wolf et sa guitare
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Patrick Modiano
» Bleach 374 - Gray Wolf Red Blood Black Clothing White Bone
» AVP-REQUIEM - "WOLF" PREDATOR (Toutes Versions)
» Patrick Senécal (Vous aimez l'horeur?)
» [Modiano, Patrick] Dans le café de la jeunesse perdue

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Kaléïdoplumes 1: 2008/2009 :: -- ATELIERS 2009 -- :: -- ESPACE ECRITURE 2009 -- :: ECRITURE SUR CONSIGNE :: La saga de l'été :: Consigne 84-
Sauter vers: