Kaléïdoplumes 1: 2008/2009


 
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 Als das Kind Kind war...

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madeleinedeproust

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MessageSujet: Als das Kind Kind war...   Jeu 13 Aoû 2009 - 16:01

Ce soir-là l'ange échappé du film de W. Wenders Les Ailes du Désir s'est perché sur le sommet de la résidence d'été de Kaléidoplumes. Soigneusement calé contre la cheminée, les poings sous le menton, attentif à l'extrême, il observe les humains un soir d'été.

Un jeune homme tout de blanc vêtu, pantacourt et chemise, ray-ban sur la tête, ramasse son courrier tout en discutant avec un vieux monsieur au sourire édenté.
Passe une petite dame ronde les bras chargés de paquets. Avec un grand sourire elle salue les deux hommes d'un « bonsoir messieurs » tonitruant.
A sa suite une jeune fille franchit la porte d'entrée de la résidence, traduit machinalement le bonsoir de la petite dame ronde et complète sa phrase d'un salut personnel.
Le vieil homme lui sourit tendrement, le jeune homme en blanc lui décoche un sourire charmeur et lui répond d'un compliment. Elle sourit vaguement, un brin désabusée.

Du haut de son toit l'ange secoue la tête l'air exaspéré. Quand donc ces humains vont-ils se décider à entrer véritablement en contact les uns avec les autres et à ne plus se contenter de relations aussi superficielles?

- Mlle Marie, vous êtes de l'apéritif de ce soir n'est-ce pas? demande le vieux monsieur.
- Je ne sais pas Gianni....
- Mais vous avez participé au concours de lettres, il faut donc que vous veniez. Sinon pourquoi avoir accepté d'écrire une lettre de présentation?
- Qu'est-ce qu'il dit? Mademoiselle! Vous pourriez me traduire tout de même, exige la petite dame ronde d'un ton pincé et haut perché dans les aigus.
- Gianni a raison, Mlle Marie, vous devez venir à cet apéritif, insiste le jeune homme en blanc.
- Mademoiselle! Qu'est-ce qu'ils disent?
- Et Mlle Marie, expliquez aussi à la femme de M. Hector qu'elle doit venir elle aussi, s'il vous plaît. Le vieil homme sourit des quelques dents qui lui restent avec une telle tendresse et une telle gentillesse que la jeune fille s'exécute avec un léger soupir rentré.
Et chacun retourne dans son appartement afin de se préparer à l'apéritif vespéral au cours duquel les différentes lettres vont être dévoilées et où chacun devra deviner quels en sont les auteurs.

Du haut de son toit l'ange a un petit sourire espiègle. Si on était dans le film de W. Wenders c'est sans doute le moment qu'il choisirait pour écrire à la plume sur un papier crème la fameuse phrase « Als das Kind Kind war wusste es nicht dass es Kind war » (Lorsque l'enfant était enfant il ne savait pas qu'il était enfant »), mais il ne s'agit pas d'un film, juste du quotidien d'une petite résidence d'été située dans cette portion de l'Italie qu'on surnomme Les Landes. Aussi l'ange se contente-t-il de se caler avec un sourire satisfait contre la cheminée et de déboucher une bouteille de Valpolicella. Quelque peu assommé par le vin et la chaleur ambiante il s'endormira bien vite et n'ouvrira les yeux que pour assister au dénouement de l'apéritif.

Le jeune homme en blanc et la jeune fille se livrent une discussion animée dans lequel le prénom « Luigia » revient régulièrement.
Le vieil homme et la petite dame ronde tentent de communiquer à grands renforts de gestes et de mimiques. De temps en temps ils font appel à la jeune fille pour qu'elle traduise les propos de l'un ou de l'autre.
Ces quatre-là forment un petit groupe à l'écart des autres habitants de la résidence.
Vue d'en haut la scène semble idyllique. L'initiative des lettres de présentation semble avoir porté ses fruits. Quatre solitudes viennent de se rencontrer. Andromaque a trouvé en Gianni un auditoire encore plus docile qu'Hector. Matteo et Marie partagent leurs souvenirs sur Luigia, en attendant d'en partager des communs. Une virée dans les Abbruzes est en préparation.

L'ange déploie lentement ses ailes et entame sa descente parmi les humains. Du bout des doigts il effleure l'épaule du vieux Gianni qui s'effondre subitement en portant la main à son coeur.
Andromaque pousse un cri d'effroi et appelle à l'aide.
Tout s'accélère. Matteo se rue sur son portable pour appeler les secours pendant que Marie essaie de prodiguer les premiers soins au vieil homme.
Bientôt le deux tons d'une ambulance déchirera l'air et emportera Gianni vers l'hôpital le plus proche.
Restent seuls, hébétés, une petite dame toute ronde, un jeune homme en blanc et une jeune fille au sourire triste.
Un moment passe puis la voix d'Andromaque, étonnamment basse pour une fois, trouble le silence:
- Il faudrait prévenir son fils.
- Que dit-elle? Demande Matteo
Machinalement Marie traduit.

L'ange observe tout cela, un peu en retrait. Il hoche la tête avec approbation avant de disparaître. Il semblerait que les humains aient enfin compris...

***



Quelques semaines plus tard.
- Doucement Papa, inutile de courir.
- Votre fils a raison, Gianni, ne vous épuisez pas.
- Écoutez donc Marie et votre fils Gianni. Les Abruzzes vous ont attendu pendant des années, elles ne vont pas s'envoler aujourd'hui. Vous voyez la maison, là-bas, après le virage?
- Oui, petit, je la vois.
- C'est là, chez mes parents. Vous y serez bien accueillis. Ils ont déjà adopté Marie, et votre fils fait désormais comme partie de la famille. Ils vous attendent.
- Et la femme de M. Hector est revenue exprès de France pour vous dire un petit bonjour, Gianni.
Le vieil homme sourit, attendri et heureux. Il resserre sa prise sur le bras de son fils et se redresse du mieux qu'il peut sous le regard amusé du jeune couple qui les accompagne.

Perché au sommet d'un arbre un ange échappé du film de W. Wenders Les Ailes du Désir sourit lui aussi. Désormais il peut retourner dans son film.
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joye

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MessageSujet: Re: Als das Kind Kind war...   Jeu 13 Aoû 2009 - 20:05

Ach ! Ich glaubte dass der Todesengle war !!!

OUF !!!

Super, super joli, et habile comme pas possible grâce au leitmotiv du film.

bravo bravo bravo
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madeleinedeproust

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MessageSujet: Re: Als das Kind Kind war...   Jeu 13 Aoû 2009 - 22:29

joye a écrit:
Ach ! Ich glaubte dass der Todesengle war !!!
Der Todesengel? Nein!
Merci pour ton com Joye!
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catsoniou

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MessageSujet: Re: Als das Kind Kind war...   Jeu 13 Aoû 2009 - 23:38

madeleinedeproust écrit... journal

" Quand donc ces humains vont-ils se décider à entrer véritablement en contact les uns avec les autres et à ne plus se contenter de relations aussi superficielles?...

..." L'ange observe tout cela, un peu en retrait. Il hoche la tête avec approbation avant de disparaître. Il semblerait que les humains aient enfin compris"...


Une évolution positive qui me fait aimer ces deux passages Contents



brav brav
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Amanda

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MessageSujet: Re: Als das Kind Kind war...   Ven 14 Aoû 2009 - 16:05

" Ich weiss nicht was soll es bedeuten dass ich so traurig bin " chantait Goethe dans la Lorelei.
A toi Madeleine je dirais plutôt " Ich weiss wohl warum ich so froh bin ..."
Oui je suis contente de cette saga qui se veut résolument positive, qui réunit des êtres que tout semblait séparer, qui nous porte donc à croire que tout est possible.
Et même sans l'intervention d'un ange ( Fameuse, cette trouvaille !), on devrait pouvoir y arriver !
Merci à toi et encore bravo bravo bravo
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Feuille
Modérateur
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MessageSujet: Re: Als das Kind Kind war...   Ven 14 Aoû 2009 - 21:30

Ich verstehe nicht, mais c'est pô grave heu!
Comme amanda, je dis bravo pour l'idée de l'ange Gab....

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MessageSujet: Re: Als das Kind Kind war...   Jeu 27 Aoû 2009 - 10:42

Tu écris de mieux en mieux. Tu captes le lecteur, et tu ne le lâches pas jusqu'à la fin.

Une belle saga sous forme de leçon sur notre (in)capacité à communiquer brav

_________________
Admi......ratrice de vos mots !!!!!.
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MessageSujet: Re: Als das Kind Kind war...   

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