Kaléïdoplumes 1: 2008/2009


 
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 LE pêché le plus capital...

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Nerwen

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MessageSujet: LE pêché le plus capital...   Ven 16 Oct 2009 - 17:21

Quoi de plus mystérieux qu’un confessionnal ? Surtout quand on a huit ans et une conscience toute relative du bien et du mal.

Pensez donc, une sorte de boîte où l’on entre, chargé de tous les péchés du monde et d’où l’on sort léger comme l’air et gai comme un pinson ! Quelle alchimie se dégage de cet endroit qui, dans mes souvenirs de petit garçon, sentait bon la cire dont l’enduisait généreusement une paroissienne dévouée ? La cire et les effluves d’encens qui vous montaient à la tête déjà toute tourneboulée par l’approche du mystère.
Certes je connaissais par cœur le Père Lucas, le curé du village, et j’avais affaire à lui dans la vie courante, au catéchisme, à la chorale ou dans les rencontres que l’exigüité du village provoquait fréquemment. Mais le Père Lucas dans le confessionnal était une tout autre personne. D’ailleurs étais-je bien sûr que c’était lui que j’entrapercevais derrière la grille de bois ouvragée et qui m’accueillait en prononçant les mots « In nomine Patris et Filii… »
Des mots inconnus comme ceux d’une incantation, aux mots magiques des contes, il n’y a qu’un pas que je franchissais allègrement pour imaginer je ne sais quel personnage dont la puissance était capable de redonner à mon âme la blancheur de l’agneau qui vient de naître… A condition toutefois que je me souvienne d’assez de péchés pour justifier ma venue en ces lieux. Que je m’en souvienne ou, au besoin, que je les invente… Il me semblait, en effet, que je ne serai pris au sérieux et mériterai une absolution dont le Père Lucas nous vantait les mérites, que si je pouvais justifier d’assez de turpitudes pour intéresser mon Confesseur ?

Comme vous l’aurez compris, j’étais un élève attentif au catéchisme et j’avais étudié avec sérieux la liste des péchés capitaux, ces transgressions volontaires de la loi divine.
Si la paresse, la gourmandise, la colère, ne me posaient aucun problème, tant j’étais enclin à y succomber et avais ainsi à ma disposition tout un assortiment d’exemples, pour l’orgueil, l’envie je devais me creuser un peu plus la tête. Oui, j’avais eu envie du plumier en bois verni de Maxime. Oui, j’avais été très fier du Prix de la meilleure vache laitière remporté par La Roussotte à la foire du canton, mais est-ce que cela comptait ? Je n’en étais pas sûr, d’autant plus que je n’avais pas volé le dit plumier et que pour le Prix de La Roussotte, c’était plutôt mon père qui crevait d’orgueil.
Pour l’avarice, mon frère aîné Pierre m’avait bien aidé quand, refusant de lui prêter quelque argent de ma tirelire, il m’avait gratifié d’un « Tu n’es qu’un gros avare avaricieux ! ».
Le dernier péché, celui qui me posait le plus de problème était la luxure. Je n’avais aucune idée de la signification de ce mot. Et comme il était mystérieux, il me semblait le plus important. Celui dont l’absence dans la liste de mes péchés au cours de ma prochaine confession, me ferai rejeter dans les limbes des pécheurs insignifiants, ceux de seconde zone, que le Père Lucas (ou qui que ce soit d’autre) ne se donnerait pas la peine d’absoudre sérieusement.

J’avais bien tenté de me renseigner auprès des adultes, mais ils m’avaient éconduits avec des explications fumeuses de choses qu’il ne faut surtout pas faire avec les filles ou quand on était seul, le soir, dans son lit. Je savais que ma mère n’aimait pas que je lise un illustré le soir dans mon lit parce que, disait-elle « ça me mangeait le sommeil ! », mais je ne voyais aucune relation avec la luxure…
Alors, j'ai réfléchi. Dans « luxure » il y avait « luxe » et LE luxe, je savais ce que c’était. La Maryse qui était partie à Paris, avec un riche propriétaire, vivait, selon les vieilles du marché, dans le luxe. Quand elle revenait rendre visite à ses parents au village, elle avait une voiture et des vêtements chics. Mais LA luxure ?
Tant pis ! Je me jetterai à l’eau le moment venu. J’improviserai…

Le jour de ma confession, après une assez longue litanie de péchés du style « Mon Père, je m’accuse d’avoir menti à ma mère, je m’accuse d’avoir volé des pommes dans le fruitier du père Nicolas, je m’accuse d’avoir tiré les tresses de ma sœur qui est une méchante fille » et autres broutilles, je terminais en lâchant tout à trac : « Je m’accuse d’avoir fait la luxure »
Le sursaut du Père Lucas fut perceptible à travers la grille du confessionnal. Il toussota, se râcla la gorge et demanda « Tu peux m’expliquer ce que tu entends par là ? »
C’était là que le bât blessait… Alors, puisqu’il me fallait improviser, j’ai improvisé :
« Quand la Maryse, vous savez? Celle qui vit dans le luxe, est venue l’autre jour voir ses parents, je me suis caché derrière le siège de sa voiture et je me suis endormi. Quand je me suis réveillé, nous roulions déjà vers Cahors. Alors je me suis montré et la Maryse a été bien surprise. Elle m’a demandé ce que je faisais là et a dit qu’elle faisait demi-tour pour me raccompagner chez moi, qu’elle ne disait rien pour cette fois, mais que, bon, il ne fallait pas recommencer ! (Dommage parce que la Maryse, vue de près, elle est bien belle et elle sent bon d’un parfum que je ne connais pas, mais qui fait monter une boule dans la gorge quand on le respire… Ça, je ne l'ai pas dit au Père Lucas.)
- Alors ? a demandé le Père.
- Quand elle a appris mon escapade, ma mère m’a flanqué une rouste. Elle ne rigole pas, ma mère, avec les pêchés, surtout avec la luxure !
- Et elle a raison, a dit le Père Lucas. (Pourtant, pendant que je lui racontais mon pêché il m’a semblé qu’il mettait sa main devant la bouche, comme lorsque je ne veux pas que la maîtresse s’aperçoive que je rigole…) Il faut toujours écouter sa mère. Ne recommence plus et évite de tirer les cheveux de ta sœur et de dire que c'est une méchante fille. Maintenant je vais te donner l’absolution et tu diras trois Ave et trois Pater pour ta pénitence.
Ego te absolvo a peccatis tuis. Vade in pace ! »

J’ai répondu « Amen » et je me suis sauvé. Trois Ave et Trois Pater !!!!!!! Il ne plaisante pas non plus le Père Lucas, preuve que la luxure est un bien gros pêché !
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sprite

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MessageSujet: Re: LE pêché le plus capital...   Ven 16 Oct 2009 - 17:37

Pour rigoler, j'ai rigole Nerwen. C'est hyper bien mene! On se met tout a fait dans la peau du personnage.
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MessageSujet: Re: LE pêché le plus capital...   Ven 16 Oct 2009 - 20:41

En lisant cette partie, j'ai pensé au film (je précise hein!) "Le petit Nicolas"
Ca lui irait bien ce genre de confession cool
Citation :
« Quand la Maryse, vous savez? Celle qui vit dans le luxe, est venue l’autre jour voir ses parents, je me suis caché derrière le siège de sa voiture et je me suis endormi. Quand je me suis réveillé, nous roulions déjà vers Cahors. Alors je me suis montré et la Maryse a été bien surprise. Elle m’a demandé ce que je faisais là et a dit qu’elle faisait demi-tour pour me raccompagner chez moi, qu’elle ne disait rien pour cette fois, mais que, bon, il ne fallait pas recommencer ! (Dommage parce que la Maryse, vue de près, elle est bien belle et elle sent bon d’un parfum que je ne connais pas, mais qui fait monter une boule dans la gorge quand on le respire… Ça, je ne l'ai pas dit au Père Lucas.)


L'odeur de cire du confessionnal, c'est vrai, la cire et l'encens, les 2 odeurs aui te prennent aux narines lorsque tu entres dans une église.

Je lève ma coupe à toutes ses paroissiennes digne de figurer dans le livre des records pour les heures passées à astiquer le confessionnal et les boiseries de nos saintes églises
bier

Une belle histoire que la tienne brav

_________________
Admi......ratrice de vos mots !!!!!.
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MESANGE

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MessageSujet: Re: LE pêché le plus capital...   Sam 17 Oct 2009 - 22:56

Ah la la, je viens de lire une histoire délicieusement drôle. Merci Nerwen, ce fut un plaisir non dissimulé. Juste une question encore: est-ce que j'ai commis un péché de co-luxure en la lisant? debil
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