La crevette

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Consigne La crevette

Message  kz19qg le Mer 25 Nov 2009 - 14:08

La journée allait être rude, çà, je le savais. Alors, foutu pour foutu, je me suis dit que j’allais me faire trois lignes de coke, ça me ferait du bien pour la suite. Je commençais à disposer la poudre sur la feuille de papier et puis, tout d’un coup, je me suis levé et j’ai tout balancé d’un revers de la main, la feuille, l’harmonica qui est parti dans le même mouvement et la lampe à abat-jour pour faire bonne mesure !

J’ai repris mon souffle et tout d’un coup, je me suis dit : c’est gagné pour cette fois-ci !

Je ne sais pas pourquoi j’ai eu ce geste ? Ce qui s’était passé hier soir ? L’envie de ne pas m’intoxiquer tant qu’il en était encore temps ? Le besoin d’une victoire sur moi-même ? Après tout c’est sans importance, un jour ou l’autre, il faut savoir s’appuyer sur le fond de la piscine pour remonter. Et peut-être que ce jour, c’était aujourd’hui !

Apaisé, je me suis assis sur la table et j’ai regardé la crevette, allongée sur le canapé, de l’autre côté de la ligne jaune. La crevette c’était mon ex. Elle était superbe, ma crevette ! Un corps de déesse qui m’émouvait encore, mais un visage un peu ingrat. Bon, çà, j’aurais pu m’y faire, mais j’avais mal réagi quand elle m’avait avoué que…

De toutes les façons, il faudrait que j’y aille au commissariat, je le savais. Je ne pouvais tout simplement pas me permettre de ne pas y aller. C’était aussi simple que cela !

Hier soir, on avait sonné à la porte d’entrée, plusieurs fois. Il était minuit passé, je dormais d’un sommeil profond. Je me suis levé en pestant intérieurement, mais croyez-le ou non, j’ouvre toujours à qui sonne et ce quelque soit l’heure du jour ou de la nuit.

Dans la vie, la peur, ce n’est pas mon truc. Je me levai donc, passai un pantalon et un tee-shirt et ouvrit la porte pour me retrouver nez à nez avec ma crevette, les yeux rouges de larmes, mal coiffée, trempée. Objectivement, elle n’avait pas bonne allure. J’étais partagé entre le désir de la renvoyer sèchement et la pitié de la loque que j’avais en face de moi. Elle me dit d’une petite voix :
- « C’est moi.
- Entre, lui dis-je. »
Elle eut un petit sourire de soulagement et entra.
- « J’ai froid, me dit-elle. »
Je sortis quelques vêtements et lui montrai ce qui me servait de salle de bain, c’est à dire l’évier de la cuisine. Je faisais rapidement un peu de place et la laissai se changer en me retirant dans le living.

Pendant qu’elle faisait ses ablutions, j’allai dans l’armoire à balai et en sortit un rouleau que j’avais dans un coin. J’accrochai une extrémité de la bande à chaque bout du salon pour diviser la pièce en deux. D’un côté, le canapé et de l’autre, la table à tout faire. Je me mis du côté table et j’attendis.

Quelques minutes après, elle rentra dans la pièce. Elle avait meilleure allure, quoique, flottant dans mes affaires, elle était à vrai dire, un peu ridicule. Elle s’assit sur le canapé, et commença à me raconter ce qui s’était passé depuis les trois semaines où je l’avais virée de la maison. Je l’écoutai sans rien dire, partagé entre fureur intérieure, jalousie féroce et une certaine pitié. La connerie humaine commence toujours par m’énerver. Et puis elle s’est arrêtée en me regardant avec des yeux de chien battu.

Sur le coup, je n’ai rien dit, enfin presque. Je lui ai montré la bande jaune et lui ai juste dit : « Au delà de la ligne jaune, c’est chez moi. Propriété privée. Tu n’entres pas ; jamais ! Tu m’entends, jamais ! Et quand j’y suis, tu la fermes. Pour la suite, on verra ; en attendant, tu peux rester. » Elle a souri, doucement, s’est allongée sur le canapé et s’est endormie.

Pour ma part, j’avais mal dormi, et puis, je ruminais toujours. Quand une femme a le feu quelque part, c’est difficile de la tenir. Et je n’avais pas envie que cela recommence.

Je mis mon uniforme, pris le Mont Blanc posé sur la table pour le rendre au gars de l’accident de la route d’hier après-midi, qui l’avait perdu dans sa voiture, et partis prendre mon service, à l’angle de la 14ème rue et de Woodward boulevard ; au commissariat Central.

A chaque jour suffit sa peine, ai-je marmonné. Et j’ai mis la radio, à fond, car je n’avais pas envie de m’entendre pleurer et je sentais les sanglots monter, irrépressibles. Je me suis garé sur le bas côté et j’ai chialé, comme un môme. Elle m’avait blessé, la crevette ! Tout simplement blessé, et je sentais qu’il faudrait du temps, pour que çà se guérisse. Beaucoup de temps. Qu’elle le veuille ou non. Et aujourd’hui, je n’étais pas sûr qu’on l’aurait ce temps. Moi, celui de la confiance, elle, celui de la patience. En attendant, la ligne jaune, elle resterait dans le living, pour faire signe ; juste pour faire signe, en attendant qu’on puisse se mettre à deux pour l’enrouler de nouveau. Quand ce sera possible…
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Consigne Re: La crevette

Message  Invité le Mer 25 Nov 2009 - 15:16

Waouh, si ce n'est pas du policier classique !

Petit détail qui cloche : un homme qui se drogue de la cocaïne doit avoir peur de la réalité. Sinon, il ne chercherait pas à se rendre insensible. Donc, ça sonne faux quand il dit qu'il est un type qui n'a peur de rien.

Cela dit, c'est drôlement bien écrit, ton texte !

bravo

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Consigne Re: La crevette

Message  pati le Mer 25 Nov 2009 - 15:44

s'il en est à se sniffer 3 lignes d'un coup, m'étonnerait aussi qu'il puisse dire non si facilement ^^
quand à la balancer, soit il est déjà raide, soit il est très riche WinkWink

l'histoire est sympa, oui. quelques longueurs, je trouve (si je peux me permettre) mais l'idée est originale. ton personnage narrateur est jouissivement antipathique ! brav

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Consigne Re: La crevette

Message  Admin le Mer 25 Nov 2009 - 18:03

L'histoire est très bien raconté. ON se demande d'un bout à l'autre où tu veux en venir.
En fait, mon premier réflexe a été: mais la consigne, qu'as tu fait de la consigne?
Et puis je me suis ravisée, car tu colles pile poil à la photo et à la consigne.
bravo

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Consigne Re: La crevette

Message  Flamm Du le Mer 25 Nov 2009 - 21:41

Surprenant ! Contents

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Consigne Re: La crevette

Message  Invité le Jeu 26 Nov 2009 - 10:13

La curiosité m'a tenue en haleine jusqu'au bout, suspense, suspense ! C'est ça "un bon texte" : maintenir le lecteur éveillé et capter son attention. Très marquée par la fameuse ligne jaune.
Bravo à l'auteur, c'est une réussite.

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Consigne Re: La crevette

Message  Charlotte le Sam 28 Nov 2009 - 17:33

Tu m'as tenu en haleine jusqu'à la fin
Mais je commencerais tout de suite mon texte par la crevette...
La drogue du premier paragraphe n'a pas selon moi bcp d'importance dans l'histoire... C'est l'histoire avec la crevette qui est très attachante que j'adore.
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