Kaléïdoplumes 1: 2008/2009


 
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 Un petit cadeau

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joye




MessageSujet: Un petit cadeau   Mar 22 Déc 2009 - 19:42

J'aimerais vous proposer une petite traduction que j'ai faite l'année dernière. Pendant quinze ans, j'enseignais au lycée et cette nouvelle célèbre, par O. Henry, The Gift of the Magi, faisait toujours partie du cursus. Ne trouvant pas l'histoire en français (il existe partout en anglais sur l'Internet), j'ai décidé de la traduire pour mes amis francophones. Non, ma traduction n'est pas parfaite, mais quand même assez fidèle au langage de l'époque. Vous y trouverez certainement des failles, mais j'espère, comme pour tout cadeau qui vous est offert, que vous l'apprécierez pour l'intention qu'elle représente. Merci et Joyeux Noël, Joye.

***


Un dollar et quatre-vingt-sept centimes. C’était tout. Dont soixante pièces d’une centime chacune. Des centimes économisées une et deux à la fois en marchandant vivement chez l’épicier et chez le primeur et chez le boucher, jusqu’à ce que les joues brûlent de l’imputation silencieuse de radinerie que de telles transactions impliquaient. Trois fois Della l’a compté. Un dollar et quatre-vingt-sept centimes. Et demain serait le jour de Noël.

Il n’y avait clairement rien à faire, sauf se jeter sur le petit sofa miteux et hurler. Alors, Della l’a fait. Ce qui fait croire que la vie se compose des sanglots, des reniflements, et des sourires, avec les reniflements qui prédominent.

Pendant que la châtelaine s’apaisa peu à peu de la première étape à la deuxième, examinons la demeure. Un appart’ meublé à 8 dollars la semaine. Cela ne défiait pas vraiment la description, mais il guettait certainement ce mot auprès du brigade anti-mendiants.

Au vestibule en bas se trouvait une boîte à lettres trop petite pour une lettre, et une sonnerie de laquelle aucun doigt mortel ne put faire sortir un bruit. Affichée là était une carte avec le nom « Mr. James Dillingham Young ».

Le « Dillingham » appartenait à une époque plus prospère lorque son possesseur gagnait trente dollars par semaine. Maintenant que le revenu s’était rétréci jusqu’à 20 dollars, pourtant, on pensait sérieusement à l’abréger à un simple et modeste « D ». Mais à chaque fois que Mr. James Dillingham Young rentra dans son appartement en haut, il était appelé « Jim » et serré très fort par Mme James Dillingham Young, que vous connaissez déjà comme « Della ». Ce qui est fort bien.

Della finit ses pleurs et s’occupa de ses joues avec le chiffon à poudre. Elle se mit devant la fenêtre et vit sans intérêt un chat gris qui marchait sur une grille grise dans un jardin gris. Ce serait demain le jour de Noël et elle n’avait qu’un dollar quatre-vingt-sept centimes avec lequel acheter un cadeau à Jim. Elle économisait chaque sou depuis des mois, avec ce résultat. Vingt dollars par semaine, cela ne va pas très loin. Les déboursements avaient été beaucoup plus importants que prévus. C’est toujours ainsi. Seulement un dollar et quatre-vingt-sept centimes pour acheter un cadeau à Jim. Son Jim. Elle avait passé beaucoup d’heures heureuses à projeter quelque chose de bon pour lui. Quelque chose de fin et de rare et en or – quelque chose qui était digne de l’honneur d’appartenir à Jim.

Il y avait une glace étroite entre les fenêtres de la pièce. Peut-être avez-vous vu une telle glace dans un appartement à huit dollars la semaine. Une personne maigre et agile, en observant son reflet dans une séquence rapide de bandes longitudinales, peut obtenir une conception assez juste de son allure. Della, étant fluette, avait maîtrisé cet art.

Tout d’un coup, elle se tournoya de la fenêtre et restait devant le miroir, ses yeux brillaient brillamment, mais son visage avait perdu sa couleur en vingt secondes. Rapidement, elle défit son chignon et permit à ses cheveux de descendre à toute leur longueur.

Or, le couple James Dillingham Young avait deux possessions dont ils étaient fiers. L’une était la montre en or qui avait appartenu et à son père et à son grand-père. L’autre était les cheveux de Della. Si la reine de Saba avait vécu dans l’appart’ juste en face, Della aurait fait sécher ses cheveux par la fenêtre rien que pour dévaloriser les bijoux et les cadeaux de Sa Majesté. Si le roi Solomon avait été le concierge, avec tous ses trésors empilés au sous-sol, Jim aurait sorti sa montre à chaque fois qu’il passait, juste pour voir celui-là tirer sa barbe envieusement.
Alors, les cheveux ravissants de Della tombèrent autour d’elle, ondulant et brillant comme une cascade d’eaux marron. Ils tombaient jusqu’en bas de ses genoux, et ils étaient presque comme un vêtement pour elle. Alors, elle se recoiffa nerveusement et rapidement. Elle hésita pendant une seule minute, et ne bougea pas pendant qu’une larme ou deux retomba sur le tapis usé.
Elle enfila son vieux veston marron ; elle mit son vieux chapeau marron. D’un tourbillon des jupons et l’étincellement brillant toujours aux yeux, elle flotta par la porte et descendit l’escalier jusqu’à la rue.

Là où elle s’arrêta se trouvait le panneau marqué « Mme Sofronie, Tout Article Coiffant ». Della courut dans l’escalier, jusqu’au deuxième étage, et se recomposa en haletant. Madame, trop large, trop blanche, froide, n’avait aucunement l’air d’une « Sofronie ».

- Acheterez-vous ma chevelure ? demanda Della.

- J’achète les crinières, dit Madame. Otez votre chapeau et voyons à quoi ça ressemble.
La cascade marron ondulait tout bas.

- Vingt dollars, dit Madame, qui relevait la chevelure d’une main experte.

- Donnez-le-moi, vite ! dit Della.

Oh, et les deux heures suivants passèrent, toutes légères, aux ailes roses. Oublions la métaphore gâchie. Elle pillait les magasins pour trouver le cadeau à Jim.

Enfin, elle le trouva. Il fut conçu sans aucun doute pour Jim et pour personne d’autre. Il n’y avait rien de pareil dans aucun des autres magasins, et elle avait fouillé partout dedans. C’était une chaîne en platine, simple et chaste dans son motif, qui proclamait tout proprement sa valeur dans sa substance, toute seule, et non pas dans un ornement sordide – comme il fallait à toute chose excellente. Elle était même digne de la Montre. Dès qu’elle la vit, elle savait que cela devait appartenir à Jim. C’était tout à fait lui. Tranquillité et valeur – la description allait à tous deux. On lui prit vingt et un dollars pour cela, et elle rentrait vite chez elle avec les quatre-vingt-sept centimes. Avec cette chaîne sur sa montre, Jim pourrait, en toute justice, se demander l’heure devant n’importe qui. Aussi belle que ne fut la montre, parfois, il ne la regardait qu’en cachette à cause du vieux bracelet de cuir qui servait en lieu d’une chaîne.
Quand Della rentra, son énivrement céda à la prudence et à la raison. Elle sortit ses fers, alluma le gaz, et se mit à réparer les ravages de la générosité comblée par l’amour. Ce qui est toujours une tâche formidable, chers amis, une tâche colossale.

En quarante minutes, sa têté était recouverte de toutes petites boucles, qui lui donnaient l’air d’un écolier inattentif. Elle regardait son reflet dans la glace, soigneusement, et sévèrement.

- Si Jim ne me tue pas, se dit-elle, avant de me regarder une deuxième fois, il dira que j’ai l’air d’une danseuse de revue. Mais qu’est-ce que je pouvais faire – oh ! d’un dollar et quatre-vingt-sept centimes ?

À sept heures, le café était prêt et la poêle, chaude, attendait les côtelettes.

Jim n’était jamais en retard. Della redoubla la chaîne dans sa main et attendait assise au coin de la table près de la porte par laquelle il entrait toujours. Et puis elle entendit son pas sur la marche au premier étage, et elle blanchit pour un petit moment. Elle avait l’habitude de prier pour des choses quotidiennes et très simples, et maintenant, elle chutota « S’il vous plaît, Dieu, faites qu’il me trouve encore jolie. »

La porte s’ouvrit et Jim entra et la referma. Il avait l’air maigre et très sérieux. Pauvre gars, il n’avait que vingt-deux ans – et d’avoir le fardeau d’une famille ! Il avait besoin d’un nouveau manteau, et il n’avait pas de gants.

Jim s’arrêta sur le seuil, immuable comme un setteur qui flaire une caille. Ses yeux se fixèrent sur Della, et il s’y trouvait une expression qu’elle ne savait pas lire et cela la terrifia. Ce n’était ni la colère, ni la surprise, ni la désapprobation, et cela la terrifiait. Il la fixa tout simplement avec cette expression étrange sur son visage.

Della descendit de la table et s’approcha de lui.

- Jim, mon chéri, cria-t-elle, ne me regarde pas ainsi. Je me suis fait couper les cheveux et je les ai vendus parce que je ne pouvais pas survivre Noël sans t’offrir un cadeau. Ils pousseront encore – cela ne t’embête pas, hein ? Il fallait tout simplement que je le fasse. Mes cheveux poussent très rapidement. Dis « Joyeux Noël », Jim, et soyons heureux. Tu ne sais pas quel cadeau – quel beau cadeau merveilleux que j’ai pour toi. »

- Tu t’es fait couper les cheveux ? demanda Jim, labourieusement, comme s’il ne comprenait pas, même après de grands efforts de compréhension.

- Coupés et vendus, dit Della. « Tu ne m’aimes pas autant sans, quand même ? C’est toujours moi sans mes cheveux, non ?

Jim regarda autour de lui, curieusement.

- Tu dis que tu n’as plus de cheveux ? dit-il d’un air presque idiot.

- C’est pas la peine de les chercher, dit Della. Je les ai vendus, je te dis – coupés et vendus. C’est la veille de Noël, mon gars. Sois sympa avec moi, parce que je les ai vendus pour toi. Peut-être que les cheveux de ma tête étaient comptés, continua-t-elle avec une douceur soudaine et sérieuse, « mais personne ne pourrait jamais compter mon amour pour toi. Dis, je mets les côtelettes à cuire ? »

Jim sembla vite se réveiller de sa transe. Il embrassa sa Della. Pendant dix seconds, détournons ailleurs notre regard sur quelque objet sans conséquence. Huit dollars par semaine ou un million de dollars par an – quelle est la différence ? Un mathématicien ou un homme d’esprit ne vous donnerait pas la bonne réponse. Les mages apportèrent des cadeaux sans prix, mais celui-là ne se trouvait pas parmi eux. Cette assertion obscure sera illuminée plus tard.

Jim tira un paquet de la poche de son manteau et le jeta sur la table.

- Ne te trompe pas quant à moi, Dell, dit-il. Je ne crois pas qu’il existe une coiffure ou une coupe qui pourrait amoindir mon amour pour ma fille. Mais si tu ouvres ce paquet, tu verras peut-être pourquoi je n’en revenais pas pour un moment.

Des doigts blancs et agiles arrachèrent la ficelle et le papier. Et puis un cri de joie extasiée, et ensuite, hélas, un changement rapide et féminin aux larmes et aux hurlements hystériques, qui nécessitaient tous les pouvoirs de réconfort du seigneur de l’appart.

Parce que là se trouvaient les peignes, pour les côtes et pour l’arrière, que Della avait convoités depuis longtemps dans une vitrine de Broadway. De beaux peignes, en écaille, avec des bords ornés de bijoux – exactement le teint à porter dans de beaux cheveux vernis. Ils étaient chers, ces peignes, elle le savait, et son cœur avait tout simplement un grand besoin d’eux, avait un grand besoin d’eux, sans le moindre espoir de les posséder. Et maintenant, ils étaient à elle, mais les boucles qu’ils devaient orner étaient disparues.

Mais elle les serrait contre son sein, et, à la longue, elle put lever les yeux éteints et avec un sourire, dire, « Mes cheveux poussent si vite, Jim ! »

Et puis Della sauta comme un petit chat échaudé et cria « Oh, oh ! ».

Jim n’avait pas encore vu son beau cadeau. Elle le tendit, avec impatience, sur sa paume ouverte. Le métal précieux sans éclat semblait briller d’un reflet de son esprit brillant et ardent.

« C’est pas beau, Jim ? Je cherchais partout dans la ville pour la trouver. Tu devras la regarder cent fois par jour, maintenant. Donne-moi ta montre. Je veux voir comment ça va. »

Au lieu d’obéir, Jim s’écroula sur le sofa et mit ses mains derrière la tête et sourit.

- Dell, dit-il, rangeons nos cadeaux de Noël et gardons-les pour un peu. Ils sont trop chouettes pour les utiliser à présent. J’ai vendu ma montre pour acheter tes peignes. Et maintenant, si tu mettais à cuire les côtelettes ? »

Les mages, comme vous savez, étaient des sages – des sages merveilleusement sages – qui apportèrent des cadeaux à l’Enfant dans la crèche. Ils inventèrent l’art d’offrir des cadeaux de Noël. Étant sages, leurs cadeaux étaient sans doute sages, qu’on pouvait possiblement échanger, à l’occurrence de recevoir deux fois le même cadeau. Et maintenant, je vous racontai, sans conviction, la chronique sans incident de deux enfants imprudents dans un appartement qui, très imprudemment, sacrifièrent l’un pour l’autre les plus grands trésors de leur ménage. Mais, dans une dernière admonition aux sages de nos jours, qu’on dise que parmi tous ceux qui offrent des cadeaux, ces deux-ci étaient les plus sages. Partout, ce sont les plus sages. Ce sont les Mages.



***
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kz19qg




MessageSujet: re: un petit cadeau   Mar 22 Déc 2009 - 19:53

Merci pour la traduction et pour le conte de Noël. Les deux sont excellents !
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catsoniou




MessageSujet: Re: Un petit cadeau   Mar 22 Déc 2009 - 22:26

Cette nouvelle est un enchantement !
Sacrifier ce que l'un et l'autre ont de plus chers, "les plus grands trésors de leurs ménage", alors qu'en fait, ils n'ont rien, peut-il y avoir de preuve d'amour plus forte ?
Le rapprochement final avec les mages est judicieux.

Merci Joye pour cette nouvelle de O.Henry, écrivain américain (?) . Excuses-moi pour mon ignorance ...
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Nerwen




MessageSujet: Re: Un petit cadeau   Mer 23 Déc 2009 - 0:42

Merci Joye pour cette belle histoire d'amour.
Une traduction existe en français aux éditions Gründ (Collection Grands Textes Illustrés)
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BRIGOU




MessageSujet: Re: Un petit cadeau   Mer 23 Déc 2009 - 12:00

Je suis venue te lire hier soir et j'ai fini ce matin Joye

Merci d'avoir partagé avec nous cette belle histoire
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Flamm Du




MessageSujet: Re: Un petit cadeau   Mer 23 Déc 2009 - 12:17

Merci Joye, pour cette traduction, un très beau cadeau !
Cette nouvelle, pleine de tendresse et d'émotions est un très joli conte de Noël.
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Admin
Admin



MessageSujet: Re: Un petit cadeau   Mer 23 Déc 2009 - 12:27

Un jolie conte qui va bien à Kaléïdoplumes 1
Se dépouiller pour faire offrande à l'autre.
Continuons sur Kaléïdo 2 cool

_________________
Admi......ratrice de vos mots !!!!!.
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agnès




MessageSujet: Re: Un petit cadeau   Mer 23 Déc 2009 - 13:05

Merci vraiment Joye, c'est un très beau conte de Noël ! Merci de nous l'avoir offert. Traduit par toi, c'est plus qu'un cadeau ! bisous
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Cédille




MessageSujet: Re: Un petit cadeau   Mer 23 Déc 2009 - 15:33

Toutes mes félicitations Joye, d'abord pour nous avoir offert une belle histoire où se mêlent amour et morale, ensuite pour avoir pris de ton temps pour traduire cette histoire. ça c'est du boulot Madame ! Bravo encore et merci !

Je te souhaite de très joyeuses fêtes entourée de ta famille et de tes amis. Jingle bells...Silent nigth....etc !
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Tornade
Modératrice



MessageSujet: Re: Un petit cadeau   Mer 23 Déc 2009 - 16:22

Merci pour ce beau cadeau Joye, et pour tout le travail qu'il t'a demandé. bravo
Une bien jolie histoire ... sunny
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Coumarine




MessageSujet: Re: Un petit cadeau   Mer 23 Déc 2009 - 18:10

Ce beau conte... c'est encore meiux traduit pas toi, Joye
Merci!

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Amanda




MessageSujet: Re: Un petit cadeau   Mer 23 Déc 2009 - 19:24

Très jolie idée de nous faire connaître ce joli conte !

Merry Christmas, dear Joye
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fcplume




MessageSujet: Re: Un petit cadeau   Dim 27 Déc 2009 - 1:58

Quel joli conte (et jolie traduction)! Et comment réagissait les jeunes à ce texte? Se dépouiller pour donner et s'en sentir encore plus fort... c'est pas trop dans l'air du temps!!! Comme c'est donc important de leur proposer de tels textes. merci!
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MessageSujet: Re: Un petit cadeau   Aujourd'hui à 16:13

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